Fatou Dougnon, Les CULTURELLES
Dans une société où l’on peut tout dire sans être forcément entendu comment relayer les cris étouffés ?
L’éveil des oppressés inaudibles a lieu quand la surdité est rendue intolérable. L’envie de parler plus fort pour ne plus subir. Personne pour entendre alors il faut crier et se mouvoir pour susciter une réaction.
Le chaos éclot lors des ruptures, lorsque la confiance est rompue et que seule l’impression demeure. Un policier passe, un rapport de force s’installe « je ressens un stress, différent de la peur parce que je sais de quoi ils sont capables. » Alors il faut Regarder les flics du coin de l’œil parce que l’on se sent observé, désigné par une couleur jugée trop foncée ou par une barbe à la proportion suspecte.
Puis un Mardi noir où retentit le mécontentement des invisibles. Les traumatismes resurgissent à la vue de la mort de Floyd, martyre involontaire. Colère sèche essaimée à travers le monde. En France, 20 000 personnes pour répondre à un appel de la sœur d’un autre sacrifié. Mardi noir, jour de soulèvement contre une justice qui refuse de se déployer contre les siens. La désobéissance contre le sort assigné devient l’unique impératif.

« La surdité embrase la chaos » Crédits: Daniel Vo Thanh Tho
« La différence de traitement entre un noir et un blanc est folle. Il faut appeler un chat, un chat. » souligne-t-il.
Du côté des dominants, « circulez il n’y a jamais rien eu à voir ! ». La dette est acquittée par des formules : « un acte regrettable et isolé ». Le motif de votre colère est infime, pas de racisme au sein de la République, pas de racisme au-delà des marginaux, scandent-ils.
« Pas de justice contre la justice » dira-t-il.
Un Mardi Noir où l’atmosphère bascule quand les manifestants se retrouvent assiégés par l’emploi de gaz lacrymogène. Pour les individus pris au piège, c’est le déploiement des réflexes de survie.

« We can’t Breathe » Crédits : Daniel Vo Thanh Tho
« Escalader un grillage pour sortir du cul de sac » mentionne-t-il.
Seuls les débordements en marge de la protestation retiendront l’attention des médias
Le présent est chargé de postérité dans une société qui a fait triompher l’image. La conscience de la solennité du moment est omniprésente. « Le mouvement devait être fort et calme, les Leaders de chaque groupe appelaient à l’apaisement ».
Fatou Dougnon, pour LES CULTURELLES
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